Un weekend a d'Urville

Ce week-end à d’Urville s’est inscrit dans la continuité d’un début d’année éprouvant, marqué par plusieurs deuils, des imprévus à répétition et une fatigue accumulée, physique comme mentale. Après deux tentatives avortées, nous avons finalement réussi à partir, malgré une sciatique encore très présente et un contexte incertain lié à notre prochain voyage en France. Ce séjour, court mais nécessaire, avait pour objectif de retrouver un peu de calme et de recul. Entre contraintes physiques, moments simples en famille, activités des enfants et quelques instants de répit, ces quelques jours ont permis de souffler, sans pour autant effacer complètement les tensions du trimestre.

Notre premier trimestre avait été difficile, encore : après le décès de Denis, il avait fallu avaler celui de Peter, et accompagner Rebecca quand Sally, sa maman, nous avait quittés. Les difficultés ne s’étaient pas arrêtées là, et il était urgent pour nous de retrouver notre havre. Mais même accomplir ce voyage fut semé d’embûches : une tempête sur Wellington, puis une rage de dents avaient reporté notre escapade à deux reprises. À l’approche du week-end, une sciatique m’avait ensuite terrassé, et la décision de partir ne put être prise que la veille de notre traversée en ferry. De plus, nous devions partir, dix jours plus tard, pour la France, mais le vol, passant par Abu Dhabi, et la guerre en Iran avaient rendu ce voyage en Europe incertain. Avec ces nuages derrière nous et devant nous, rejoindre Picton, au matin du 20 mars, fut un soulagement et un petit miracle en soi.

La traversée pour d’Urville fut fluide, avec un vent portant puissant mais parfaitement gérable. À notre bord, il y avait Leonard, dont la maman était au camp de MNS : il était heureux et fier comme un coq, goûtant chaque nouvelle expérience : la cabine du ferry, la boulangerie de Picton, Havelock, Okiwi Bay… puis l’arrivée au ponton.

En posant le pied sur l’île sous un ciel parfaitement bleu, je savais que mon dos avait déjà trop donné et que bientôt, j’en paierais le prix. Mais j’étais heureux d’être là : Seb, comme moi, sentit nettement le fardeau de nos vies effrénées glisser de nos épaules. Soudainement, j’étais englouti par le tsunami de calme et de sérénité que nous imposait l’endroit, les parfums, les sons. Même Adan, fatigué d’un trimestre très chargé, reconnut qu’il était content d’être arrivé.

Rien n’avait bougé depuis notre venue l’été précédent : pas un arbre en travers du chemin, pas un glissement de terrain… Seuls les arbres du verger portaient les signes des mois secs qui venaient de s’écouler. Nous rangeâmes les quelques affaires ramenées pour ce long week-end, et je partis travailler. Leonard était enchanté de revenir, seul, à d’Urville, et Cosmo débordait d’excitation de (re)faire découvrir le lieu à son cousin chéri. Seb partit chercher des huîtres et constitua un festin que Leonard et Cosmo dévorèrent.

Le samedi, j’avais retrouvé une démarche de personne âgée, tant la sciatique me lançait. Mon programme allait être largement restreint, mais pas celui des enfants : en milieu de matinée, les trois garçons et Seb partirent pêcher avec un pique-nique. Pendant ce temps, je restai à la maison, profitant de la vue depuis mon fauteuil de papi, particulièrement approprié au regard des tours que me jouait ma santé. Avant leur retour, j’avais quand même trouvé le courage de leur préparer un gâteau. Vers 15 h, ils revinrent à la maison avec une glacière bien remplie et des sourires plein le visage. Il y avait des blue cods, des snappers et du kahawai !

Le reste de la journée fut passé au calme, Seb butinant dehors et les enfants jouant tranquillement à l’intérieur : Adan à la lecture et les deux jeunes cousins au bricolage. En fin d’après-midi, les enfants commencèrent la trilogie du premier cycle des Spider-Man… mais un bateau aux formes familières traversa Punt Arm. C’était Graeme ! Je le textai rapidement et ils vinrent passer la soirée avec nous.

Dimanche, j’allais mieux. Ayant récupéré un peu de flexibilité, je tentai de longs étirements avec Seb, destinés à soigner ma sciatique. L’après-midi, je me sentais suffisamment bien pour tenter une marche à Mōhio : ce saut de puce allait nécessiter beaucoup de précautions et un temps décuplé, mais si une seule activité m’était donnée ce week-end, je souhaitais que ce soit celle-là. C’était donc avec une joie non dissimulée que je rejoignis mon ami. Là, j’écoutai avec lui cette chanson de Laurent Voulzy, Le rêve du pêcheur, et partageai avec lui mes préoccupations. Quand je revins au quad, j’étais épuisé mais heureux d’avoir pu passer un peu de temps avec Mōhio.

Autour de la maison, des guêpes s’activaient : je leur servis une petite assiette de poisson, le succès fut immédiat, et leur sort, scellé. Le lendemain, c’est de la nourriture pour chat arrosée de produit anti-puces qui leur serait servie, en espérant qu’elles ramènent de cette mixture au nid. Le lundi, sous une météo parfaite, et après une matinée de travail et de rangement, nous partîmes sous un ciel radieux. Je n’avais pas pu marcher dans le bush, ni même me baigner une fois, mais j’étais heureux que nous ayons réussi à venir pour soulager nos esprits après un trimestre éprouvant.

Benoit, le 24 Mars 2026